Samedi 1 décembre 2007 6 01 /12 /Déc /2007 19:32

Jeudi. Après la fermeture du café, vers 0h40, nous discutons jusqu’à 1h20, en rue, dans le froid et l’humidité. Cela mérite-t-il d’être noté ?…

Vendredi. Clémence me demande des nouvelles de la veille. Oui, tout s’est bien passé avec Jonas. Oui, nous sommes bien ensemble. Oui, cela n’est pas rien. Mais je me sens parfois découragé — surtout le week-end. Désarçonné par cette situation qui va je ne sais où et qui pourrait durer. Épuisé par l’incessant va-et-vient de l’enthousiasme au doute et du doute à l’espoir. Jonas en vaut la peine, c’est certain. Mais aurai-je longtemps la force de tenir ?…

Samedi. Le ciel bleu du matin et le froid de décembre. La ville et ses parfums de gaufre et de cannelle. Une lumière dorée sur un coin de jardin. Et l’envie d’être loin — en Nouvelle-Angleterre. Mais partir, même en rêve, n’est-ce pas déserter ?…

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Samedi 24 novembre 2007 6 24 /11 /Nov /2007 23:20

No 1. Contrairement aux apparences, je suis toujours vivant. Ce n’’est pas une nouvelle sensationnelle, mais c’’est une nouvelle quand même.

No 2. J’’éprouve beaucoup de mal à écrire pour l’’instant : pas assez de recul, ni de mots adéquats.

No 3. La semaine dernière, journée d’’étude en un lieu pres­tigieux. Comme d’’habitude, je n’’étais que moyennement content de mon intervention. Mais une présidente de séance, enthousiaste, est venue me féliciter, heureuse que j’’aie boule­versé — selon elle — le ronron habituel. Quant à l’’organisa­teur, il m’’a adressé aujourd’’hui un mail très élogieux, dans lequel il se dit passionné par ce que j’’ai présenté. Allez, je suis content quand même……

No 4. Il y a trois semaines, je confiais à Jonas ma perplexité face à ce que nous vivons ensemble. « Je ne sais pas où ça va… » —— « Mais ça va ?… » —— « Oui, ça va… » —— « Alors, ça va !… » Nous pourrions sans doute dire la même chose aujourd’’hui.

No 5. Ce soir, la lune est baignée de brouillard : on la dirait levée sur une lande bretonne.

No 6. Plus je rencontre Jonas, mieux je me sens avec lui. Lundi, après un rapide dîner, nous sommes allés boire un verre, puis il m’a proposé de poursuivre chez lui. Nous avons discuté jusqu’’à deux heures du matin. Ce n’’est pas rien.

No 7. L’’ « o » de « No » n’’est pas un degré (« ° »), mais un « o » placé en exposant. L’’orthotypographie, c’’est (le) bien !

No 8. Mercredi, j’’ai passé la nuit chez Jonas. Il m’a proposé de dormir (dormir, pas coucher) avec lui, mais le canapé m’’a semblé préférable (il a un copain, je ne suis pas de bois, c’’était à la veille d’’une journée d’’étude —— encore une —— pour laquelle mon texte n’’était pas terminé, et cætera, et cætera). Si vous voulez me proposer pour la médaille du Mérite, n’’hésitez pas. À moins que vous ne vouliez me faire interner pour démence —— mais je trouverais cela plutôt désagréable.

No 9. Mon PowerBook a trouvé malin d’’agrémenter son écran d’’une ligne horizontale assez incongrue. Comme elle n’a pas l’’air décidée à s’’en aller, je crois que je suis bon pour acheter un nouvel ordinateur. MacBook ou MacBookPro ?… Mon choix n’’est pas encore fait. Le second est joli et résistant, mais peut-être un peu encombrant, et surtout assez cher. Quant au premier, je crains qu’’il ne me paraisse fort petit, à côté du dix-sept pouces sur lequel je travaille depuis quatre ans. Il faudra bien que je me décide un de ces jours.

No 10. « La stratégie amoureuse ne peut s’’employer que lorsqu’’on n’’est pas amoureux. » (Cesare Pavese, via Evene.) Alors, je dois être vraiment amoureux. Mais ça, je le savais déjà.

No 11. Depuis une dizaine de jours, je dors en moyenne cinq heures par nuit. Ce n’’est pas trop.

No 12. Selon Jonas, on me donnerait le bon Dieu sans confession. Oui mais non.

No 13. J’’ai un contrat jusqu’’à la rentrée prochaine. C’’est une bonne nouvelle —— sauf pour certains étudiants, qui trou­vent un peu basses les notes que je leur attribue. Je suppose qu’’ils s’’y feront —— ou qu’’ils s’’amélioreront.

No 14. Pour la première fois de ma vie, je ne maîtrise (pres­que) plus rien, au point que je me demande parfois si c’’est bien à moi que tout cela arrive. Ce n’’est peut-être pas si mal, au fond.

No 15. Dans dix jours, nouveau colloque. Il faudrait vrai­ment que je commence à préparer ma communication. Ce ne sera jamais que la troisième en trois semaines……

No 16. Parfois, j’’en ai marre d’avoir l’’air d’un petit garçon propre et sage. Comment faire autrement ?

No 17. Vingt-deux mails attendent dans ma boîte de récep­tion. Le plus ancien date du 28 mars. Il faudrait peut-être que je m’’y mette, non ?…

No 18. Il y a quelques jours, Jonas lisait Kierkegaard. Ce gar­çon m’’étonnera toujours… Ou plutôt non : je ne m’’étonne plus vraiment. Enfin si, un peu quand même, parfois.

No 19. Ce matin, je me suis levé à 9h30. Serais-je guetté par l’’hypersomnie ?

No 20. Jeudi soir, Jonas m’’a envoyé un message pour m’’encou­rager à prendre un repos bien mérité. Comment res­terais-je indifférent à cela —— et à tout le reste, aussi ?…

No 21. Je devrais me racheter quelques vêtements. (Afin de conserver une certaine logique à cet ensemble apparemment désorganisé, cette sous-notule devrait porter un numéro pair. Car j’’ai de quoi m’’habiller, mais……)

No 22. Jonas doit m’’envoyer un message pour préciser quand nous nous voyons la semaine prochaine. Comme tou­jours, je m’’inquiéterai jusqu’à ce que ce soit fixé.

No 23. Il y a un peu plus d’’un an, j’’achetais une maison. Aujourd’’hui, bien des choses ont changé et, si je déménage bientôt (ou dans pas trop longtemps), ce ne sera pas pour habiter là-bas. La vie est curieuse, parfois…

No 24. Au début du mois d’’octobre, Jonas et moi cher­chions, entre Gide et Mauriac, une « voie moyenne » pour l’’homosexualité. Rapidement, nous avons convenu que cette quête dépassait de loin la littérature : il s’agit d’’éviter, dans la vie, la fausse alternative de l’’ange et de la bête. Cela passe par un sentier à frayer, qui serait, plus encore qu’’une via media, une via tertia. La découvrirons-nous ? —— mais la chercherions-nous, si nous ne l’’avions déjà trouvée ? —— et n’’est-ce pas sur elle que, confusément, nous cheminons ensemble depuis plu­sieurs semaines déjà ?…

No 25. « Pêle-mêle. » Ce titre n’est pas exagéré. Encore que……

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Mercredi 31 octobre 2007 3 31 /10 /Oct /2007 23:57

Ce matin, « Faraway », par Apocalyptica, m’’a aidé à émer­ger. Comme presque tous les jours depuis des semaines, je me suis réveillé trop tôt. Le sommeil finira bien par revenir… En attendant, Jonas m’a dit qu’’il dormirait pour deux. C’’est déjà très bien.

Car il sait maintenant que je dors mal. Il sait aussi qu’’il n’’y est pas étranger. Il sait bien d’’autres choses encore : qu’’il me touche et m’’émeut, que je n’’ai jamais rien ressenti de pareil, et tout le reste aussi, ou presque.

Oh, je ne pensais pas le lui dire, pas si vite en tout cas. Mais voilà, le moment est arrivé un peu par hasard (pour autant que celui-ci en soit un). Il fallait que je le fasse ; je l’’ai fait.

Plus de sous-entendus —— ou si peu ——, mais la nudité d’’une parole qui jaillit enfin, parce qu’’on ne peut plus se taire, parce qu’’il faut risquer de perdre pour espérer aimer. Parce qu’’il faut se livrer, fragile et désarmé.

J’’ai évité le mot « amour » —— le dit-on autour d’’une table de café, à un garçon embarqué dans une autre histoire ? Mais je crois qu’’il l’’a deviné. J’’ai parlé longtemps, une demi-heure, trois quarts d’’heure peut-être. À la fin, un grand silence est tombé, empli de ce qui vibrait au-delà des mots. Pendant des secondes qui m’’ont semblé éternelles, Jonas m’’a regardé avec un beau sourire, les yeux plus brillants qu’’à l’’ordinaire. Je suis incapable d’’exprimer ce que fut cet instant. Mais je sais que jamais, de toute ma vie, je n’’ai ressenti cela.

Je ne lui ai rien demandé. Que pouvait-il dire, dans sa situation ?… Mais il m’’a rassuré : je n’’avais pas dit trop, ni parlé trop longtemps. C’’était bien ainsi.

Nous nous sommes quittés pour nous revoir lundi. Je n’’étais pas encore rentré chez moi que je recevais un texto où il me remerciait pour cette soirée.

Où cela mène-t-il ? Loin, je l’’espère. Dans une relation qui, en tout cas, échappe à la banalité.

Plus que cinq fois dormir. Mais le temps me paraît long, et lundi trop lointain.

« Faraway » ?… Demain, je devrais peut-être écouter « Romance » pour me réveiller.

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