Vendredi 23 mars 2007

Depuis quelques jours, ma lecture de chevet est un livre de Julien Gracq, En lisant, en écrivant, paru en 1980 chez José Corti (l’éditeur attitré de cet auteur). J’en feuillette quelques pages avant de m’endormir, et y découvre parfois de belles choses.

Celle-ci, par exemple : « Même dans la prose, il faut que le son sache tenir tête au sens. On n’est pas écrivain sans avoir le sentiment que le son, dans le mot, vient lester le sens, et que le poids dont il est ainsi doté peut l’entraîner légitimement, à l’occasion, dans de singulières excursions centrifuges. »

On retrouve bien là le géographe-écrivain, qui observe avec précision et nuance les lieux qu’il traverse, moins pour les disséquer et les comprendre rationnellement, que pour les goûter afin d’en augmenter son plaisir. Géographe, Gracq ne joue pas au géomètre : il procède plutôt à la manière d’un gastronome, certes soucieux de connaître les caractéristiques de son assiette, mais pressé surtout de se laisse enivrer par les effluves et les saveurs que ses minutieuses investigations lui auront permis de reconnaître. Son écriture suit tout naturellement ce chemin, et ne se fait précise que dans la perspective d’enrichir, par les détails ainsi découverts, une impression d’ensemble.

Si l’un des buts de Gracq est d’établir une certaine qualité d’impression, il est normal que le son passe pour lui avant le sens. En cela, il se montre d’ailleurs en phase avec le matériau langagier &mdash avec lequel tout écrivain devrait entretenir une secrète connivence —, car celui-ci ne peut renier son identité acoustique. Ce faisant, il rappelle que l’esthétique est essentielle à la littérature, et qu’elle ne peut faire l’impasse sur une musicalité à laquelle participent le choix des mots et le rythme des phrases. En même temps, il montre que l’écrivain se comporte parfois en promeneur vagabond, plus soucieux de s’abandonner aux émotions que suscitent les rencontres que d’aboutir rapidement au terme de son parcours.

Publié dans : Au gré des mots
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Jeudi 22 mars 2007

Jeudi dernier, j’ai regardé sur France 2 l’émission « À vous de juger », dans laquelle était invitée Ségolène Royal. Je ne suis sans doute pas sans a priori, mais je l’ai trouvée assez conforme à ce que ses adversaires disent d’elle.

Au-delà du contenu de son discours, ce qui m’a le plus frappé dans son intervention, c’est sa rhétorique médiocre, marquée par de nombreuses approximations syntaxiques et lexicales, voire phonétiques. Certes, il serait réducteur d’établir un lien direct entre la façon dont s’exprime quelqu’un et son mode de réflexion ou ses possibilités d’action. Néanmoins, je ne puis me défaire totalement de l’idée selon laquelle ce flou langagier serait révélateur d’une incertitude plus fondamentale. D’ailleurs, passé le stade de l’énumération un peu facile de ses idées, la candidate a souvent peiné à envisager les conditions concrètes de leur mise en pratique.

Cela dit, Ségolène Royal n’a pas l’apanage de cette faiblesse langagière : la droite n’est pas en reste (Philippe de Villiers, par exemple, n’est certainement pas un brillant causeur) — et que dire de l’extrême gauche, comme le remarquait récemment Loïc ?

En tout cas, il me semble que si la maîtrise verbale — jusqu’à la virtuosité, pour certains politiciens — n’est malheu­reusement un gage ni de probité, ni d’efficacité, la faiblesse langagière n’est pas pour autant de bon augure, surtout chez des personnes que leur métier obligerait en principe à s’approprier les ressorts d’une communication réussie.

Publié dans : Au coin de la rue
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Mercredi 21 mars 2007

C’est aujourd’hui le 21 mars. Malgré la grisaille et les bour­rasques, le printemps est officiellement de retour, et avec lui le renouvellement du monde alentour.

Une date adéquate pour faire naître un blog, non ?

Publié dans : Au fil des jours
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Manuscrit Suzanne van Soldt. Danses, chansons & psaumes des Flandres, 1599, Les Witches, 2008.

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