Dimanche 12 août 2007
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Commentant le post « Pourquoi la littérature ? », Monsieur Népomucène citait Philip Roth. Un peu plus tard, Jseb disait tout le bien quil pensait de cet auteur.
Je dois avouer que je ne connais Roth que de nom. Mais comme je suis parfois de bonne volonté (et intéressé par la littérature, aussi, comme lavez remarqué), jai glané sur le web quelques informations qui me permettraient den apprendre un peu plus à son sujet, en attendant de le lire un jour.
Au cours de cette brève recherche, je suis tombé sur une interview de Roth par Pierre Assouline, publiée par Lire. Au cours de cet entretien, lauteur évoque notamment la société américaine et son très faible nombre de vrais lecteurs (une notion quil faudrait définir précisément mais ce nest pas le sujet ici). « Nos fameux 100.000 lecteurs, qui sont certainement beaucoup moins, sont comme des gorilles dans la montagne. Cest un groupe de combat. Écrivains et lecteurs sont un groupuscule de guérilleros », estime-t-il. Et lorsque Assouline lui demande comment il le sait, il répond : « Parce que jhabite ici et que je vois bien que nul nintroduit jamais la littérature dans le discours national pour comprendre ou analyser quoi que ce soit. »
Ce sort réservé à la littérature outre-Atlantique nest-il pas proche, dune certaine façon, de celui quelle connaît chez nous ? Bien sûr, la France ne la délaisse pas tout à fait. Elle sait que, comme les châteaux de la Loire, les vins de Bordeaux et les cabarets parisiens, elle fait partie de son image de marque. Plus noblement, elle y demeure attachée comme à un ancien amour avec lequel on aurait réussi à rester ami. Mais, à lexception notable de certains artistes ou intellectuels, elle ne sen inspire guère pour réfléchir aux questions qui animent la Cité.
Pourtant, certains secteurs des sciences humaines sont régulièrement courtisés, en particulier par les médias. Les historiens sont ainsi invités à éclairer le présent des lumières du passé, les sociologues à décrypter les méandres des sociétés contemporaines, les philosophes à faire un peu de tout (et parfois très bien, cela va sans dire).
Et les littéraires ? Mais, ma bonne dame, vous ny pensez pas ! Ils ont déjà des émissions qui leur sont réservées, à lheure où les chouettes sébrouent. Ils parlent entre eux de sujets qui les amusent, et cest très bien ainsi.
Très bien ainsi ? Je ne crois pas, non. En effet, si lHistoire la « grande », celle à laquelle on accorde une majuscule donne à penser, les histoires peuvent elles aussi, à leur manière, nous enseigner le monde. Car « la littérature nous affranchit de nos façons convenues de penser la vie la nôtre et celle des autres , elle ruine la bonne conscience et la mauvaise foi. Constitutivement oppositionnelle ou paradoxale [
], elle résiste à la bêtise non pas violemment, mais de façon subtile et entêtée. Son pouvoir émancipateur reste intact, qui nous conduira parfois à vouloir renverser les idoles et changer le monde, mais le plus souvent nous rendra simplement plus sensibles et plus sages, soit, en un mot, meilleurs » (Antoine Compagnon, La Littérature, pour quoi faire ?). Il serait donc important et, dans une certaine mesure, salutaire quelle inspire vraiment les débats de société.
Mais il faudrait sans doute, pour cela, que ceux qui nous gouvernent soient des lecteurs avertis, et pas seulement des technocrates ou des vedettes.
Et aussi que certains littéraires auteurs ou critiques cessent de sadonner à un formalisme outrancier qui, à force de gloser sur le signifiant, se trouve incapable de signifier.
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